Au cours du XVIIIe siècle, c'est surtout la façade sud qui a à souffrir. La création de pièces de réception amène le percement d'immenses baies largement ébrasées dans la ligne des mâchicoulis et dans la demi-tour sud ; un pont de maçonnerie massif donne accès au jardin. A l'intérieur, un grand escalier à volées droites, éclairé sur la cour par de larges fenêtres, occupe sur trois niveaux l'emplacement des salles de la demi-tour est et probablement aussi celui de la chapelle primitive.

Le château se trouve alors dans l'état où l'ont vu Delignières et Saint-Amand, qui en ont fait des croquis datés de 1812.

Si l'on peut regretter l'effet particulièrement déplorable des grandes baies de la façade sud, il faut cependant reconnaître que leur aménagement a contribué à sauver le château. Dans un siècle où l'on méprisait encore le Moyen Age et ses vieilleries " gothiques ", on a préféré tirer parti de la construction du XVe siècle, plutôt que de l'abattre et d'élever une demeure plus en rapport avec le goût du jour (2). Il est vrai que, contrairement à tant d'autres anciennes forteresses, il n'était pas question ici de réutiliser le matériau dans une nouvelle construction.

Vers 1850, le général de Fontenilles entreprend de nouveaux aménagements. On le dit " très respectueux de l'authenticité ", ce qui vaut au château de nombreux " embellissements " à la manière flamboyante : balustrades, fenêtres à meneaux, perron monumental, lucarnes... A l'intérieur, il crée au rez-de-chaussée un ensemble " troubadour " en distribuant à profusion un décor de boiseries armoriées sous des voûtes et des plafonds à solives sombres et tourmentés. Une nouvelle restauration, entreprise il y a une dizaine d'années, doit faire disparaître, au moins à l'extérieur, les ajouts du XIXe siècle. Les aménagements intérieurs subsistent malheureusement, et masquent sous des enduits et des boiseries, ou encore derrière des cloisons, les dispositions d'origine et le matériau des murs.

(1) C'est probablement de cette époque que date un boulet de fer de 6 a 8 livres que I'on a récemment extrait du mur du chemin de ronde de la tour nord est ou il était encastré.

(2) Comme l'a fait à Folleville le comte de Mailly.